La terre

Je travaille un grès brun de Puisaye (Bourgogne) qui a l’odeur de l’humus, de la cendre et de l’humidité boisée.
Après cuisson, cette terre prend une couleur chaude évoquant la croûte du pain, et va jusqu’à roussir en réaction avec certains émaux.

Là où se posent les mains sur ma vaisselle, elles perçoivent la prégnance de la matière. J’ai choisi de conserver la présence de la terre, dans le dessin complet d’un contour ou sur la face extérieure des pièces… La terre, outil devenu ustensile, sujet de travail devenu objet utile, perdure, confirme les lignes qui sont nées de son façonnage et affirme les courbes qu’elle a suscitées.


Sarah Zhiri, céramiste


Le chemin 

Je suis née à Sèvres en 1981.

Après un cursus en danse classique au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, dont je sors diplômée en 1999, je poursuis mon chemin en explorant d’autres voies : histoire de l’art, photographie, rédaction-correction en presse et en édition d’art. 

En 2015, je ressens le besoin de trouver « quelque chose qui tourne rond »…
Comme une réponse littérale, le tour de potier s’impose.
Je me forme au tournage et à la recherche d’émaux auprès de Grégoire Scalabre et Christophe Bonnard, à l’école Arts et techniques céramiques.
En 2017, j’ouvre mon atelier dans l’Est parisien, à Montreuil.
En 2024, direction l’Ouest : je m’installe en Bretagne, dans les Côtes-d’Armor.

Marque d’un ancrage et d’un recentrage naturels qui découlent de mon parcours, mon travail de la terre reprend les caractéristiques de mes expériences. 

Utiliser la précision de la main, outil primaire et merveilleux, pour trouver le réconfort de la rondeur d’un galbe ; pour apporter du mouvement à cette matière rigide, écho à la danse de la vie, celle qui fait naître l’émotion. 

Les émaux

Formée à la recherche d’émaux, je mets au point mes propres recettes. Je n’utilise notamment pas de plomb, ni de cadmium, ni d’antimoine, ni aucun de leurs composés dans mon atelier. Dans une démarche respectueuse de mon environnement, la liste des matières premières que j’emploie est délibérément courte. Parmi elles : la cendre.

Habituellement rebut, déchet, reliquat, reste… la cendre recèle des minéraux précieux pour la fabrication d’un émail.

Précieux car les effets des émaux de cendre ont quelque chose de fascinant. Mais peut-être encore plus précieux par le paradoxe de ce rebut volatile et encombrant que l’on rend habituellement à la terre sans trop savoir quoi en faire de plus. Nourrir la terre qui avait nourri le bois ; joli retour, cycle important.

… ou sublimer la terre en cuisant une dernière fois avec elle.